top of page
Rechercher

Comment créer ses propres filaments pour l impression 3D

17 sept.
9 min de lecture

Fabriquer son filament paraît simple sur le papier. On fait fondre du plastique, on le tire en fil, on l’enroule, puis on imprime. En pratique, le vrai défi tient en quelques dixièmes de millimètre. Un filament trop épais bloque la buse. Un filament trop fin crée des manques de matière. Un plastique mal séché fait des bulles, des claquements et des pièces fragiles.


Créer ses propres filaments pour l’impression 3D reste pourtant une excellente idée si l’on accepte une part d’essai et de réglage. Cela permet de recycler des ratés d’impression, de tester des mélanges de couleurs, de réduire les déchets et de mieux comprendre le comportement des matières.


Ce guide explique ce qu’il faut préparer, quel matériel utiliser, quelles étapes suivre et quelles erreurs éviter pour produire un filament utilisable à la maison ou dans un petit atelier.


Vue en plongée d’un établi avec des chutes de PLA colorées et une bobine de filament vide
Les déchets d’impression peuvent devenir une nouvelle matière, à condition de les trier avec soin.

Comprendre ce qui fait un bon filament


Un filament n’est pas seulement un fil de plastique. C’est une matière régulière, sèche, propre et assez stable pour traverser l’extrudeur d’une imprimante sans surprise.


La plupart des imprimantes FDM utilisent du filament de 1,75 mm. Certaines machines fonctionnent en 2,85 mm. La valeur exacte compte moins que la régularité. Un filament de 1,75 mm qui varie entre 1,70 mm et 1,80 mm peut déjà poser problème, surtout avec une buse fine ou une extrusion rapide.


Un bon filament maison doit respecter quatre critères.


Un diamètre constant


C’est le point le plus difficile. Le plastique sort mou de l’extrudeuse. Il s’étire, refroidit, change légèrement de forme et peut s’ovaliser. Il faut donc contrôler le tirage et mesurer souvent.


Une matière homogène


Mélanger différents plastiques sans les identifier crée souvent un filament inutilisable. Le PLA, le PETG, l’ABS et le TPU n’ont pas les mêmes températures de fusion, ni les mêmes comportements. Même deux PLA de marques différentes peuvent réagir différemment s’ils contiennent des additifs.


Un plastique sec


L’humidité est l’ennemi discret de l’impression 3D. Elle se transforme en vapeur dans la buse, ce qui provoque des bulles, des fils, des craquements et une surface rugueuse. Avant extrusion, la matière doit être correctement séchée.


Une propreté irréprochable


Poussière, colle, peinture, morceaux métalliques, vis oubliée dans une pièce ratée, tout cela peut abîmer l’extrudeuse ou boucher la buse. Le tri et le nettoyage prennent du temps, mais ils évitent beaucoup de problèmes.


Le filament maison devient intéressant quand on le traite comme une petite production de matière, pas comme un simple recyclage improvisé.

Choisir les matières et le matériel adaptés


Le choix de la matière détermine une grande partie de la difficulté. Pour commencer, le PLA reste le plus accessible. Il fond à une température raisonnable, sent moins fort que d’autres plastiques et se travaille assez bien. Le PETG est possible, mais plus sensible à l’humidité. L’ABS demande plus de prudence, car il peut dégager des fumées gênantes et nécessite une bonne ventilation.


Évitez les plastiques inconnus. Évitez aussi le PVC, qui peut libérer des gaz dangereux lorsqu’il chauffe. Les emballages alimentaires, bouchons et plastiques de récupération ne sont pas tous adaptés à l’extrusion domestique. Le symbole de recyclage donne une indication, mais il ne garantit pas une composition parfaite.


Pour produire du filament, il faut généralement plusieurs éléments.


Matériel

Rôle

Pourquoi il compte

Broyeur ou déchiqueteur

Réduire les pièces en petits fragments

Des morceaux réguliers fondent mieux

Sécheur de filament ou four adapté

Retirer l’humidité

Une matière humide donne un filament fragile

Extrudeuse à filament

Chauffer et pousser le plastique

C’est le cœur du procédé

Système de refroidissement

Stabiliser le diamètre

L’air ou l’eau aide le fil à garder sa forme

Tireuse ou enrouleur motorisé

Tirer et bobiner le filament

La vitesse influence directement le diamètre

Pied à coulisse

Mesurer le filament

Le contrôle manuel reste indispensable

Bobines vides

Stocker le filament

Une bobine propre évite les nœuds


Gros plan d’une extrudeuse de filament posée sur un établi avec des granulés de PLA
L’extrudeuse chauffe les fragments et forme le fil, mais elle ne corrige pas une matière mal préparée.

Il existe des machines prêtes à l’emploi, mais aussi des solutions à monter soi-même. Les modèles domestiques varient beaucoup en précision. Avant d’acheter ou de fabriquer une extrudeuse, vérifiez ces points :


  • la plage de température disponible ;

  • la stabilité de chauffe ;

  • la compatibilité avec le diamètre souhaité ;

  • la possibilité de régler la vitesse de vis ;

  • la présence ou non d’un enrouleur ;

  • la simplicité du nettoyage ;

  • la disponibilité des pièces d’usure.


Le budget peut vite monter si l’on cherche une production régulière. Pour quelques essais, une petite extrudeuse suffit. Pour recycler beaucoup de matière, le broyeur devient aussi important que l’extrudeuse. Couper des pièces imprimées à la pince fonctionne au début, mais cela devient vite long, irrégulier et fatigant.


La sécurité mérite une vraie place dans l’atelier. Travaillez dans un espace ventilé, surveillez les températures et gardez les matériaux inflammables loin des parties chaudes. Portez des lunettes lors du broyage. Certains fragments sautent facilement. Utilisez aussi des gants adaptés lorsque vous manipulez des pièces chaudes, sans jamais approcher les doigts des mécanismes en mouvement.


Préparer le plastique avant l’extrusion


La préparation de la matière décide souvent du résultat final. Un bon réglage ne rattrape pas un mélange sale, humide ou mal trié.


Commencez par séparer les plastiques par type. Ne mettez pas dans le même lot du PLA et du PETG, même si les couleurs se ressemblent. Gardez aussi les matières flexibles à part. Si vous récupérez vos propres impressions ratées, notez la matière dès le départ. Un bac marqué `PLA blanc`, un autre `PLA noir`, un autre `PETG transparent` évitent les erreurs.


Ensuite, retirez tout ce qui n’est pas du plastique imprimable :


  • supports contenant des résidus de colle ;

  • inserts métalliques ;

  • aimants ;

  • vis ;

  • morceaux peints ;

  • étiquettes ;

  • restes de ruban adhésif ;

  • zones brûlées ou carbonisées.


Les pièces doivent ensuite être réduites en fragments. L’objectif n’est pas de faire de la poudre, mais d’obtenir des morceaux assez petits pour entrer régulièrement dans la trémie. Des fragments trop gros bloquent l’alimentation. Des fragments très inégaux créent une fusion irrégulière.


Le séchage vient après le broyage, car les petits morceaux sèchent mieux que les grosses pièces. La température et la durée dépendent du plastique. Le PLA demande une chaleur modérée. Le PETG demande souvent un séchage plus sérieux. Il faut rester sous une température qui ramollirait ou collerait les fragments entre eux.


Ne comptez pas sur un four de cuisine sans contrôle précis. Beaucoup de fours domestiques dépassent la température affichée par cycles. Un sécheur prévu pour filament ou un déshydrateur adapté offre un meilleur contrôle. Si vous utilisez un appareil non dédié, vérifiez la température réelle avec un thermomètre fiable.


Pour créer une couleur plus homogène, mélangez les fragments avant extrusion. Pour obtenir un effet marbré, mélangez moins. Les résultats restent difficiles à prévoir, surtout avec des pigments différents. Les couleurs foncées dominent vite les couleurs claires. Une petite quantité de noir peut transformer tout un lot.


Vue latérale de fragments de PLA triés par couleur dans plusieurs bacs transparents
Un tri simple par matière et par couleur rend le filament plus stable et plus prévisible.

Si vous utilisez des granulés neufs, le travail devient plus simple. Les granulés industriels sont plus réguliers, plus propres et plus faciles à doser. Ils permettent aussi de tester l’extrudeuse avant de passer au recyclage. C’est une bonne méthode pour apprendre, car elle limite le nombre de variables.


Une approche prudente consiste à commencer avec 100 % de granulés neufs, puis à introduire une petite part de matière recyclée. Si le filament reste stable, augmentez progressivement la part recyclée. Cette méthode évite de perdre du temps à chercher si le problème vient de la machine, du séchage ou du plastique.


Extruder, refroidir et bobiner sans perdre le contrôle


L’extrusion demande de la patience. Il faut régler la température, la vitesse de poussée, la vitesse de tirage et le refroidissement. Chaque paramètre influence les autres.


Le plastique entre dans la trémie, descend vers une vis chauffée, fond, puis sort par une buse. À la sortie, le fil est encore mou. S’il est tiré trop vite, il devient trop fin. S’il est tiré trop lentement, il devient trop épais. Si le refroidissement est trop brutal ou mal aligné, le filament peut se déformer.


Commencez avec une température adaptée à la matière, sans chercher à aller trop chaud. Une température excessive peut dégrader le plastique, le rendre cassant ou créer des dépôts brûlés. Une température trop basse provoque une sortie irrégulière, avec des à-coups.


Au début, laissez sortir un peu de matière sans bobiner. Cette purge élimine les restes de la précédente extrusion et stabilise le flux. Le filament des premières minutes est rarement le meilleur. Coupez-le, mettez-le de côté, puis commencez les mesures lorsque le débit semble régulier.


Mesurez le diamètre à plusieurs endroits avec un pied à coulisse. Tournez légèrement le filament pour repérer une éventuelle ovalisation. Notez les valeurs. Si vous visez 1,75 mm, il faut rester aussi proche que possible de cette valeur. Une petite variation peut passer. Une variation permanente exigera un réglage.


Pour corriger le diamètre, ajustez d’abord la vitesse de tirage :


  • filament trop épais augmentez légèrement la vitesse de tirage ;


  • filament trop fin réduisez légèrement la vitesse de tirage ;


  • diamètre qui varie sans cesse vérifiez l’alimentation, la température et la régularité des fragments ;


  • bulles dans le filament séchez mieux la matière ;


  • surface rugueuse baissez ou stabilisez la température, puis vérifiez l’humidité.


L’enroulement doit rester régulier. Un mauvais bobinage crée des croisements et des nœuds. Pendant l’impression, un nœud peut bloquer la bobine et ruiner une pièce. Le filament doit se poser proprement, spire après spire, avec une tension légère. Trop de tension étire le fil. Pas assez de tension donne une bobine molle.


Le refroidissement peut se faire à l’air ou avec un bain contrôlé selon la machine et la matière. L’air reste plus simple pour débuter. Le bain d’eau peut aider à stabiliser certains filaments, mais il ajoute un risque d’humidité en surface si le séchage après bobinage n’est pas géré. Pour une première installation, mieux vaut garder un montage simple et reproductible.


N’oubliez pas de noter vos réglages. Un carnet ou un fichier suffit :


  • matière utilisée ;

  • couleur ;

  • masse du lot ;

  • température de l’extrudeuse ;

  • vitesse de vis ;

  • vitesse d’enroulement ;

  • mode de refroidissement ;

  • diamètre moyen ;

  • problèmes observés ;

  • résultat d’impression.


Ces notes transforment les essais en apprentissage. Sans elles, chaque bobine ressemble à un nouveau départ.


Tester le filament et corriger les défauts


Une bobine réussie à l’œil ne garantit pas une bonne impression. Le test doit se faire en plusieurs étapes.


Regardez d’abord le filament. Il doit être lisse, sans bulles, sans poussières incrustées, sans zones brûlées et sans variations visibles de diamètre. Pliez ensuite un petit morceau. Un filament cassant peut indiquer une matière dégradée, trop humide avant extrusion, ou mal refroidie.


Mesurez plusieurs mètres de filament. Prenez des mesures tous les 50 cm ou tous les mètres, selon votre patience. Le but n’est pas de contrôler toute la bobine, mais de repérer une tendance. Si le diamètre dérive lentement, c’est souvent un problème de tirage ou de température. Si les variations sont brusques, cherchez du côté de l’alimentation en fragments.


Avant de lancer une longue impression, imprimez une petite pièce simple :


  • un cube de calibration ;

  • un petit crochet ;

  • une plaque fine ;

  • un support sans détail complexe.


Utilisez d’abord une vitesse modérée. Surveillez l’extrusion. Si la buse claque, si le filament se ronge dans l’extrudeur ou si les couches manquent de matière, arrêtez et cherchez la cause. Ne forcez pas. Un filament irrégulier peut bloquer le système d’entraînement ou boucher la buse.


Plan rapproché d’une petite pièce de test imprimée en filament recyclé sur un plateau d’impression 3D
Une petite pièce de test permet de valider le filament avant de lancer une impression longue.

Adaptez le profil d’impression. Le filament maison peut demander un débit légèrement différent d’un filament du commerce. Mesurez le diamètre moyen et indiquez-le dans votre trancheur. Si le filament est à 1,72 mm de moyenne, ne laissez pas forcément 1,75 mm par habitude. Cette correction aide le logiciel à calculer la bonne quantité de matière.


Le stockage compte aussi. Un filament réussi peut se dégrader s’il reste à l’air libre. Rangez les bobines dans un sac hermétique ou une boîte étanche avec dessiccant. Étiquetez chaque bobine avec la matière, la date, le diamètre moyen et les réglages utiles. Même une note simple comme `PLA recyclé bleu, 1,74 mm moyen, imprime bien à température PLA standard + légère baisse de vitesse` peut faire gagner du temps.


Créer son filament devient rentable surtout si vous imprimez beaucoup, si vous recyclez vos propres déchets ou si vous aimez expérimenter. Pour une utilisation ponctuelle, le filament du commerce reste plus simple et plus fiable. Pour un atelier, un fablab ou une personne qui produit régulièrement des prototypes, l’extrusion maison peut réduire les déchets et ouvrir la porte à des essais intéressants.


La meilleure façon de commencer reste simple : prenez du PLA bien identifié, préparez un petit lot propre, séchez-le soigneusement, extrudez lentement, mesurez souvent, puis imprimez une petite pièce. Ne cherchez pas une bobine parfaite dès le premier essai. Cherchez plutôt une méthode que vous pouvez répéter.


Avec du tri, de la patience et des mesures régulières, les ratés d’impression cessent d’être seulement des déchets. Ils deviennent une réserve de matière, et chaque bobine produite aide à mieux comprendre l’impression 3D.


 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page